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WORK: Femme malgré tout

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Ambition

WORK: Femme malgré tout

Par Gabrielle*.

Gabrielle*, femme juive ambitieuse de 26 ans, j’ai souvent rencontré les difficultés à allier ambition, engagement et judaïsme. Aujourd’hui associée à Yossef*, mon héros et bourreau, j’espère partager avec vous les miracles mais aussi les aléas d’un parcours sans limite et sans barrière où j’ai dû passer par la fenêtre devant des portes trop souvent fermées.

 

Crédit : Nathalie Lemaître

Travailler tous les jours auprès de quelqu’un est aussi bien un confort qu’un risque. 

 

Un confort car vous partagez les bons moments et les réussites mais encore plus important  vous partagez les mauvais moments et  les échecs à deux. Un confort également si comme Yossef et moi, vous êtes complémentaires, vous pouvez former l’Equipe qui marche. 

Une société, un projet relève de nombreuses compétences. Même compétents, nous n’avons pas de super pouvoirs. 

 

Un risque dans la mesure où votre business est l’otage de votre entente. Votre société et votre équipe vivent au gré de vos humeurs et de vos conflits. 

Se comprendre n’est pas toujours facile et encore une fois je ne me répéterai jamais assez, vous êtes deux personnes différentes avec deux éducations différentes, un passif différent et une carte du monde différente, à plus forte raison un genre différent. 

 

Je ne suis pas de ceux qui remettent en question la théorie du genre. Je suis convaincue que nous avons des sensations intrinsèques déterminées par notre genre. 

 

Au quotidien, vivre en société est un défi où il est toujours difficile de mettre en péril notre confort. 

 

Au cours de ces derniers mois, deux clients m’ont manqué de respect en sous-estimant mes capacités ou tout simplement en me réduisant à une employée dans la société où je suis associée. 

 

Pourquoi ? 

 

Tout simplement parce que je suis une femme. Une femme n’est pas la chef. Elle est l’assistante, la responsable communication, la directrice des ressources humaines et si elle a vraiment réussi, le bras droit. 

 

Yossef et moi nous partageons la gestion des projets et sommes l’interlocuteur privilégié du client dont on gère le projet. J’ai l’habitude d’être plus minutieuse et surtout plus souple avec les demandes des clients. Yossef me trouve parfois “pigeonne” comme il  dit. 

 

Une femme n’est pas la chef. Elle est l’assistante.

 

Un des clients que je gère est un numéro. 

Après avoir défendu les clichés connus qu’un homme devait travailler pour subvenir aux besoins de sa famille et que la femme devait obligatoirement s’occuper du foyer et faire le ménage et surtout le lit pour honorer son mari, il a toutefois bien aimé que je gère son projet. Je ne devais plus m’occuper de mon foyer mais répondre à ses sollicitations, semaine et week-end, jour et nuit. 

Il a insisté sur l’importance pour lui que ses clients ne dépassent pas les horaires de consultation et qu’ils n’aient pas son numéro pour ne pas le solliciter en dehors des horaires tarifés. Mes conseils, eux, ne se monnayent pas. Je me dois de répondre H24 et gratuitement bien sûr. 

Ce client m’a ensuite exposé qu’il fallait garder une distance avec ses clientes car elles peuvent facilement tomber amoureuses.  Nous, petites choses pleines d’hormones en besoin d’amour succombons facilement. Cela ne l’a tout de même pas empêché de me complimenter à plusieurs reprises ou de me proposer de m’accompagner en voyage à l’étranger ou encore de se placer juste derrière moi pour me montrer quelque chose sur mon ordinateur.  Il s’est mis assez près pour que je sente le souffle d’un homme à qui je n’avais donné aucune autorisation. 

Après tout cela, quand ce client a décidé que nous ne répondions pas “oui” à toutes ses lubies, son interlocuteur est alors devenu Yossef. Selon lui si Yossef avait géré le projet, il n’y aurait pas eu de problèmes. “Il devrait d’ailleurs remonter les bretelles de ses employés.” 

Non, Yossef n’aurait pas géré autrement car toutes les décisions sont conjointes mais tu as juste peur de Yossef.

Non, je ne suis pas son employée mais son associée et tu le sais même si tu ne veux pas l’entendre.

Cela est tellement injuste ! Après avoir été consciencieuse et plus que disponible, après n’avoir rien dit devant des familiarités, je redevenais une petite femme qu’il fallait corriger. 

Ce qui est révoltant dans notre microcosme, c’est que l’on est choqué devant le racisme,  l’homophobie, l’antisémitisme mais moins devant le sexisme et surtout le sexisme du quotidien. 

Ce client m’a ensuite exposé qu’il fallait garder une distance avec ses clientes car elles peuvent facilement tomber amoureuses. 

Yossef a reconnu que cela était dû à mon genre mais m’a demandé de passer au dessus. 

Le genre de la personne est sa première caractéristique. Avant d’être juive ou de comprendre mon orientation sexuelle, je suis une femme et personne n’a le droit de m’insulter parce que femme. 

Quand j’ai expliqué cela à Yossef et comme pour l’histoire de l’autre client que je vous raconterai plus tard, Yossef a pris son téléphone pour me défendre. Je savais que j’avais un équipier mais je découvre tous les jours que j’ai le soutien inconditionnel de l’une des plus belles personnes que j’aie jamais rencontrées. 

Il ne comprend pas tout mais il me soutient.

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